Energies : histoires d’innovations

Cher Homo Energeticus,

Durant près de deux ans, nous avons voulu vous plonger dans le monde d’après les révolutions énergétiques, afin de partager notre vision d’un genre humain maître de sa production, sa consommation et ses échanges d’énergie, à l’horizon 2050 et au-delà. Le résultat de ce travail à la fois narratif et prospectif est disponible sur le blog des Révolutions Énergétiques.

Aujourd’hui, notre ligne éditoriale évolue pour se rapprocher du temps présent. Nous voulons nous faire les conteurs des innovations qui émergent chaque jour dans le secteur de l’énergie. En partageant ainsi ces innovations qui nous enthousiasment au quotidien, nous avons l’ambition d’inspirer le changement pour un avenir plus sobre, plus propre, plus ingénieux. Mais d’abord, quelle est la place de l’innovation dans le monde de l’énergie ?

L’innovation, aujourd’hui

Le secteur de l’énergie et l’innovation ont des rapports qui s’apparentent à ceux d’un vieux couple. Depuis les premières technologies géothermiques et hydrauliques conçues par les Romains, les progrès en termes d’usage de l’énergie ont toujours été déterminés par l’existence d’une volonté d’innover. Pourtant, les investissements dans les infrastructures énergétiques se faisant dans le temps long, 30 à 40 ans, l’innovation n’est pas toujours perçue comme un facteur primordial de succès. Certains se méfient, avec raison, de l’idée qu’il faille innover pour innover.

Mais pour gagner en performance et relever les défis écologiques et financiers qui leur font face, les décideurs publics et les acteurs de l’énergie ne peuvent faire l’économie d’une démarche innovante. Nouvelles sources d’énergies, nouveaux procédés, nouvelles collaborations, nouvelles technologies : le monde de l’innovation énergétique, aujourd’hui, est porteur d’une vision rassurante, et passionnante. Au cœur de cette vision, la technologie, certes, mais surtout l’humain.

La transition énergétique n’est pas qu’une question scientifique, c’est aussi une question de valeurs. Comme l’a récemment affirmé Sir Mark Walport, conseiller scientifique du gouvernement britannique : « Nous avons tendance à nous focaliser sur la technologie, mais il faudrait se concentrer sur (ses) utilisateurs. Nous devons fournir aux consommateurs les bénéfices qu’ils souhaitent. » A nous donc, fournisseurs d’énergies et de solutions techniques, de proposer des systèmes séduisants pour les consommateurs.

Coups de cœur

En guise d’avant-goût des prochaines éditions, voici deux projets très prometteurs qui ont reçu notre attention :

  • Le biomimétisme, vous connaissez ? En termes simples, il s’agit d’appliquer des mécanismes observés dans la nature à des technologies. L’architecte Vincent Vallebaut, célèbre pour ses projets remettant la nature au cœur des villes, travaille actuellement sur un projet de complexe multifonctionnel de pas moins de 450 000m² au Caire. Le projet, intitulé The Gate Residence, cumule les technologies telles que les cheminées à vent et la géothermie à air et eau pour maintenir une température stable et agréable toute l’année. Découvrez le projet The Gate Residence sur EDF Pulse.
  • Et si les écrans de smartphone se rechargeaient avec la lumière du soleil ? C’est le principe du Kyocera Solar phone, un smartphone japonais a écran photovoltaïque. Certes, on peut se dire que recharger son smartphone, cela ne consomme pas grand-chose. Recharger 1 milliard de smartphones, c’est-à-dire le nombre estimé de terminaux en activité, est une toute autre histoire. Alors si dans quelques années le principe de l’écran photovoltaïque se généralisait, ce serait une belle façon pour les accros du téléphone de réduire leur impact carbone !

Deux preuves que l’efficacité énergétique en action, cela peut être beau, pratique et créatif. Nous espérons que ces deux projets susciteront votre enthousiasme autant que le nôtre. A bientôt pour de nouvelles histoires d’innovations !

L’équipe NetSeenergy

Léna, pilote de rallye et energy prosumer

Dans les rallyes électriques, seules les voitures électriques peuvent concourir. En 2056, le Paris-Bucarest est devenu la compétition la plus populaire du secteur automobile. Et pour cause : la course est intrinsèquement écologique. Pour recharger leur bolide, les pilotes doivent uniquement utiliser le surplus d’électricité qu’eux-mêmes ou leurs sponsors ont produit durant l’année. Mais parfois, cela ne suffit pas… et il faut faire preuve d’ingéniosité. Léna, la tenante du titre, et son copilote Timéo, sont dans la dernière ligne droite mais le compteur approche dangereusement le zéro wattheure… Le moteur de la Fluence Oméga, silencieux, les propulse à plus de 120 km/h dans les sentiers tortueux qui mènent à Bucarest. Seuls à retentir dans la nuit : le crissement des pneus et les éclaboussures au gré des dérapages. Le son étouffé de la Fluence fuse puis s‘évanouit dans l’obscurité. Léna a réussi à se maintenir en tête jusque-là, et la ligne d’arrivée n’est plus qu’à quelques kilomètres. Mais le niveau de carburant joue avec ses nerfs, la Fluence est à court et leur crédit énergétique est épuisé. Timéo, sur le point de craquer, blêmit. « 20° ça aurait été largement suffisant… Pourquoi j’ai gardé la maison à 21° cet hiver ? ». Un degré fait une telle différence en fin de compte. Mais c’est trop tard pour les regrets, Timéo. La dernière borne de recharge est en vue, il faut une solution ou c’en est fini de la course. D’instinct, entre deux coups de volant, Léna se connecte à l’EnerNet à l’aide de sa 3D SmartWatch. « Mais qu’est-ce que tu fais ? – Je vérifie quelque chose. – On est à court d’électricité, tu ne vois pas ?! – Timéo, tu parles à une prosumer de compétition. Maîtriser l’énergie, c’est mon métier. »

Moteur surprise

Coup d’œil dans le rétroviseur : les concurrents ne sont pas loin derrière. Eux aussi semblent souffrir, mais ils ont sûrement assez d’énergie pour aller jusqu’au bout. Arrivée à la borne, Léna fait une embardée qui s’achève par un coup de frein brutal, consommant les derniers Wh du réservoir. Pas le choix, il faut s’arrêter, quitte à se faire doubler. Un technicien les connecte à la prise de courant, mais le compteur reste désespérément à zéro… Péniblement, la Tesla qui les talonnait finit par les doubler. Timéo désespère : « C’est perdu… – Non. Regarde. » Sans crier gare, une équipe de techniciens aux couleurs de leurs sponsors ouvrent le capot et commencent à dévisser le moteur. « Mais ! » s’exclame Timéo, médusé, avant que Léna, d’un clin d’oeil narquois, ne lui fasse signe de se détendre. Alors que les techniciens retirent le moteur électrique, deux de leurs collègues sortis de nulle part en installent un nouveau. Mais celui-ci est différent… Timéo remarque les disques alignés comme sur un boulier chinois. « Des disques d’hydrogène ! » Le capot refermé, Léna redémarre sur des chapeaux de roue, le tableau de bord indiquant un montant énergétique indécent. Quelques minutes plus tard, la Fluence Oméga nouvellement équipée montre sa supériorité et coiffe la Tesla au poteau. C’est la victoire ! Sous les cris d’encouragement des spectateurs, Léna se fait la réflexion : à l’ère de la révolution énergétique, dans le sport comme ailleurs, c’est la combinaison des différentes sources d’énergie et de l’ingéniosité humaine qui permettent d’accomplir l’impossible.

Besançon : des cafetières à hydrogène dans les trains suisses

Une innovation de l’entreprise Mahytec contribue depuis peu à équiper les trains suisses de cafetières à hydrogène afin d’améliorer l’autonomie et la qualité de service de ses chariots minibars dont la version à batterie traditionnelle souffrait d’un manque d’énergie aux heures de pointe, particulièrement pour produire la vapeur nécessaire à la mousse de lait du cappuccino.

La solution retenue, compte tenu des contraintes liées au transport, au nombre de voyageurs présents, mise sur le stockage de l’hydrogène sous forme d’hydrures métalliques. La transformation de l’hydrogène captif en électricité est activée avec une pile à combustible, fournie par la société suisse Ceka qui a réalisé l’intégration du système.

À Dole, la mise au point technique a mobilisé une équipe d’ingénieurs pendant « une bonne année ». Soumis aux chocs et aux variations thermiques (de -40° à + 60°), le produit a dû satisfaire à des normes rigoureuses de résistance et de sécurité avant d’obtenir sa certification.

Lire en intégralité sur L’Est Républicain

Hydrogène et Singularité

08h14, à 300 mètres d’altitude. Je contemple la ville par la fenêtre de mon VVH (Véhicule Volant à Hydrogène), tandis que mon IA personnelle me conduit au bureau, laissant mon esprit libre de vagabonder… Mon nom est Amaury, je suis un habitant de la Terre au XXIIe siècle. Laissez-moi vous raconter à quoi ressemble le monde tel qu’il m’apparaît sous les yeux… et qui sera peut-être le vôtre demain, cher citoyen du XXIe siècle…  Nous sommes en 2138 et l’humanité a atteint le point de Singularité énergétique. Levez la tête et vous verrez scintiller dans le ciel les centrales solaires orbitales ; plongez au cœur du grand bleu et vous contemplerez les immenses turbines hydroliennes implantées jusqu’au fond des fosses océaniques ; voyez se dessiner dans nos campagnes les centrales à thorium aux côtés des bonnes vieilles fermes éoliennes. Les sources de production d’énergies propres sont abondantes et dotées d’intelligences artificielles qui assurent leur fonctionnement et leur entretien, sous la supervision des Energy Managers. Au surplus, de nos jours, chaque consommateur possède sa propre unité décentralisée de production et de stockage d’énergie. Celle-ci, raccordée au smart grid planétaire, est le symbole de l’indépendance dans l’interdépendance. Au sentiment individuel de sécurité énergétique s’ajoute la conscience collective que l’énergie est notre bien à tous, un bien partagé. L’énergie entre nos mains Mais la clé de voûte du système, c’est l’hydrogène. Grâce à l’hydrogène, le gaspillage d’énergie n’est plus qu’un mauvais souvenir. Oui, car le surplus d’énergie est stocké sous forme de gaz en bouteille ou de disques d’hydrure de magnésium (HM), de couleur cuivre, faciles à transporter et à conserver chez soi. Cela permet d’utiliser l’énergie du soleil estival pour se chauffer l’hiver, ou pour faire le tour du monde, pourquoi pas ? Une alerte holographique s’affiche sur mes lentilles de contact. C’est l’intelligence artificielle du VVH : Utilisateur Amaury, le réservoir à hydrogène est rempli à 5%. Veuillez insérer un disque HM pour poursuivre votre voyage. Bon, je l’ai laissé à la maison. Mais ce n’est pas un problème : faire le plein de nos jours, c’est encore plus simple (et bien moins cher) qu’à votre époque ! A la prochaine station de chargement, il me suffira de connecter le VVH et le plein se fera automatiquement. Simultanément, depuis chez moi, mon unité de stockage personnelle libérera l’équivalent énergétique sur le réseau pour solder ma charge. C’est cela, la flexibilité absolue ! Et cela, c’est grâce à vous, citoyen du XXIe siècle. En franchissant le pas des révolutions énergétiques, en prenant les décisions qui s’imposaient pour aller vers davantage d’efficacité énergétique, rendre les villes et bâtiments plus intelligents, et évoluer vers les énergies renouvelables,  vous nous avez permis de jouir d’une sécurité matérielle et un confort encore inespérés il y a quelques décennies. Alors à présent, refaites le bon choix, celui d’entrer de plain-pied dans les révolutions énergétiques, et gagnez notre gratitude à nous, vos descendants.

Un projet européen de développement de véhicules à hydrogène

Une assemblée composée de constructeurs automobiles, de fournisseurs d’hydrogène et de spécialistes de l’énergie s’est retrouvée pour signer un accord : le projet Hydrogen London.

Il s’agit de développer et mettre en application les infrastructures et les technologies qui permettront aux véhicules dotés d’une pile à combustible de constituer une alternative viable pour la circulation européenne de demain. Le projet concerne les villes de Bolzano, Copenhague, Innsbruck, Londres, Munich et Stuttgart et porte sur un montant de plus de 38 millions d’euros.
Lire l’article en intégralité sur L’Automobile & L’Entreprise

La vraie révolution sera celle de la prise de conscience - Sophie Caillat

Sophie Caillat est une journaliste spécialiste des questions environnementales et travaille pour Rue89.com. Elle anime la rubrique Planète. Elle se considère aussi comme une citoyenne engagée, une consom’actrice qui ne traite pas simplement l’actualité de l’environnement et du développement durable, mais tient bel et bien une réflexion sur ses propres pratiques.

Comment définissez-vous la révolution énergétique?

J’aime le terme de révolutions. C’est une belle référence à l’approche de Jeremy Rifkin, père du vocable « 3ème révolution industrielle ».
Les révolutions énergétiques nous permettent de faire la transition vers une situation où nous seront nous-mêmes producteurs d’énergie pour ne plus dépendre du système, se libérer des monopoles.

Je crois qu’aujourd’hui les gens se posent des questions à travers le prix, qui est un signal très fort, le débat sur les centrales nucléaires, la rénovation thermique des bâtiments… Mais ce sont encore des questions éloignées du quotidien.

La vraie révolution sera celle de la responsabilité, de la prise de conscience. Nous consommons de plus en plus sans même nous en rendre compte. Nous n’y pensons pas, n’y réfléchissons pas.

Comment prend-on conscience de cette révolution, individuellement et collectivement?

Je ne suis pas très optimiste. A ce stade, la différence est encore très marquée entre « ce qu’on fait » et « ce qu’on doit faire ».

Ce qui devrait permettre la prise de conscience du plus grand nombre, ce serait sans doute la manière forte : un blackout généralisé par exemple. Avec ce type de catastrophe à grande échelle, les citoyens comprennent la privation, et de là, le besoin de faire les choix pour éviter que cela se reproduise. Il s’agit bien sûr d’un scénario « à la dure », à l’opposé du débat sur la transition, qui lui n’est peut-être pas suffisamment impliquant.

Au fond, nous avons besoin de nous poser des questions sur ce qui nous vient naturellement. Aujourd’hui les ressources sont encore disponibles (même si elles se raréfient). Comment réagir lorsque l’on va à la pompe à essence et qu’on ne peut y faire son plein ? Comment vivre lorsque l’énergie n’est pas aussi facile d’accès qu’elle l’est aujourd’hui ?

Pour la prise de conscience du plus grand nombre, je crois que le débat a besoin d’être plus ‘sexy’ ! Kilowattheure (kWh) ou kilojoule (kJ) ne sont pas des termes qui parlent à tous. Une majorité ignore ce qu’ils représentent. Il serait sans doute plus simple, plus intelligible de proposer des correspondances à des actions concrètes à valoriser. Par exemple, un appareil éteint la nuit tend à faire économiser x% soit une réduction de x€ sur la facture.
Et au-delà de cet aspect financier, la non-consommation d’une énergie qui pourrait servir à d’autres sur un réseau global pourrait être une motivation. En réalisant que nos économies d’énergie rendent possible la mise à disposition de davantage de ressources via le grid, on prend conscience qu’il s’agit d’un Win-Win.

Et l’initiative peut sûrement être prise à une échelle plus locale qu’on ne pense. La France a de forts enjeux, vis-à-vis du nucléaire par exemple, qui nous donne accès à une énergie relativement bon marché. L’Europe aussi, doit faire face à des enjeux (comme le paquet climat-énergie qui a pour objectif de permettre la réalisation du « 3×20 » visant à faire passer la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique européen à 20 % ; réduire les émissions de CO2 des pays de l’Union de 20 % ; accroître l’efficacité énergétique de 20 % d’ici à 2020).
Faire naître des démarches au niveau de la région ou même de la ville semble être une solution. Et même à l’échelle du quartier, on peut assister à des comportements incitatifs : voir sa consommation énergétique comparée à celle de son voisin ou à la moyenne des foyers avoisinant est tout à fait pédagogique.

Quelles sont les prochaines étapes du changement?

Nous devons désormais vraiment savoir ce qu’on veut faire et accomplir en France, savoir quel chemin nous souhaitons emprunter. Il n’est plus possible de remettre à plus tard. Il faut prendre dès aujourd’hui les décisions qui impacteront le futur.
En France, nous sommes en retard. Notre spécialisation dans le nucléaire est un frein naturel à la recherche de modèles alternatifs. La prise de conscience du besoin va permettre de donner la priorité à la mise en place des grands axes de politique énergétique, nécessaires au changement.

La prise de conscience est motrice, chacun doit jouer son rôle.