POC21, l’initiative écologique open source

POC21, l’initiative écologique open source

Une centaine de makers, ingénieurs ou geeks ont combiné leurs forces durant 5 semaines d’immersion dans un château proche de Paris afin de trouver des alternatives à notre culture de consommation destructrice et faire des objets open source et durable la nouvelle norme.

Borneo : la borne solaire publique

Borneo : la borne solaire publique

Fournir au plus grand nombre un accès à l’électricité grâce à la performance des énergies renouvelables, voilà un rêve qui aurait pu être celui de la grande entreprise de Mountain View. Aujourd’hui, c’est celui d’un jeune ingénieur startuper, Damien Grangeon, qui propose des bornes solaires multi-fonctionnelles.

L’énergie solaire: au plus proche de nos besoins

L’idée de Damien Grangeon est d’offrir des points de recharge au plus près des besoins des usagers. C’est ainsi qu’est né Borneo, une borne solaire publique qui permet de capter et stocker l’énergie en toute sobriété. Elle fonctionne à l’aide de panneaux photovoltaïques. Complètement autonome énergétiquement, son avantage vient aussi de sa multi-fonctionnalité, compilant des services allant de la recharge d’appareils numériques en passant par l’éclairage public à l’accès au wifi.

En permettant une connectivité sans nécessité de raccordement au réseau, ce système a déjà intéressé une dizaine de collectivités territoriales, à l’image de la gare d’Orléan. En effet, pour le tissu local, c’est aussi une réponse aux inégalités d’accès à Internet dans les zones plus reculées.

Borneo rappelle les récentes idées fleurissantes dans le domaine de la ville servicielle, comme celle de la startup israélienne Sologic avec son prototype eTree, un mobilier urbain qui fonctionne grâce à un « feuillage » photovoltaïque. Là encore, c’est un système multi-services et en toute sobriété qui est proposé.

Pour en savoir plus, c’est ici avec le Parisien.

Les innovateurs du POC 21

Durant 5 semaines, les jeunes innovateurs – dits « makers » – du POC 21 se sont réunis au Château de Millemont, à l’ouest de Paris, pour travailler ensemble à une société décarbonnée et plus intelligente dans la valorisation de ses déchets. Les 19 et 20 septembre, dans les jardins du château, s’est tenue l’exposition finale où étaient présentées les inventions des participants. Leur conviction : le partage des savoirs en open source, combiné aux outils de fabrication numérique, donnent l’opportunité de réinventer notre système de production et de consommation. Nous avons voulu aller voir cela de plus près.

« Vous ne pouvez pas vous garer là ! » lance un responsable de l’équipe de POC 21 (qui signifie Proof Of Concept ou en français Démonstration de Faisabilité) alors que nous nous apprêtons à passer les grilles du château. Nous aurions dû y penser : venir à un rassemblement d’éco-hackers à en voiture à essence nous a paru subitement tout à fait anachronique. Un léger détour au parking plus tard, nous retournons au portail, à pied cette fois, pour accéder aux jardins où était disposée l’impressionnante structure en forme de dôme hébergeant l’exposition. Autour, des éoliennes et panneaux solaires montés à la main, qui comme nous allions l’apprendre n’étaient pas là pour la décoration mais pour alimenter la salle d’exposition en énergie propre.

Passé l’entrée nous nous retrouvons nez-à-nez avec une première invention singulière : le Bicitractor. Comme son nom l’indique, il s’agit d’un croisement entre un tracteur… et une bicyclette. Disons-le d’emblée, il ne s’agit pas d’un retour au Moyen-Âge : le Bicitractor est équipé d’une assistance électrique, et peut être configuré pour désherber, semer, récolter, bref, couvrir tous les besoins des petites et moyennes exploitations agricoles. Sur une table sont disposés les outils et composants nécessaires à la fabrication du Bicitractor : on est frappé par la simplicité du dispositif. Assemblé en une semaine pour un coût de 1000€, facile à entretenir, c’est une alternative révolutionnaire aux tracteurs à essence, polluants et onéreux.

Le Bicitractor

A quelques mètres de là, d’autres innovations plus ingénieuses les unes que les autres se succèdent. Ownfood, la serre urbaine, permet la culture de légumes en ville sur une petite surface. AKER, un kit pour l’agriculture urbaine, « facilite la tâche des citadins qui souhaitent remettre du vert dans leurs villes, où toitures, murs et balcons redeviendraient des écosystèmes vivants. » Showerloop, notre coup de cœur, est un système de douche qui filtre l’eau usée en temps réel tout en en conservant la chaleur. Pour son inventeur, un ingénieur et designer finlandais, Showerloop serait particulièrement adaptée aux camps de réfugiés, qui sont dénués d’infrastructure et où l’eau propre est une commodité rare et précieuse.

 AKER

Open Energy Monitor

L’efficacité énergétique active n’est pas en reste. L’Open Energy Monitor, certainement la plus high-tech des innovations présentées, est la première solution de monitoring énergétique open source. Analysant la consommation énergétique et la production d’énergie renouvelable domestique, l’OEM ouvre la porte à un usage responsable de l’énergie par les particuliers. Les données s’affichent en temps réel sur une tablette ou un smartphone, et l’utilisateur peut en déduire des pistes d’action pour améliorer leurs usages énergétiques. Les données personnelles, stockées localement, sont protégées.

Open Energy Monitor

Alors les « makers » vont-ils changer le monde ? Les prototypes présentés interpellent, c’est certain. Il n’en demeure pas moins une question : quel sera le modèle économique de ces inventions ? La vision de POC 21 est réaliste : pour que ces innovations aient un impact, elles doivent être rentables, ou du moins atteindre un équilibre financier. Dès lors, étant donnés les coûts de fabrication dérisoires, il y a fort à parier que ce sont les services associés (assemblage à domicile, entretien, conseil) qui permettront leur diffusion.

 

Les bâtisseurs du possible

Gaspillage énergétique, pollution, émission de CO2 : le logement est indissociable de ces problématiques. Les normes en la matière restent pourtant timides.

Des particuliers, issus de la culture des « makers », ces adeptes du jamais mieux servi que par soi même, ont décidé de prendre le taureau par les cornes et conçoivent eux même des habitations responsables, dites bioclimatiques. Trois questions se posent aux bâtisseurs : conserver et réguler la chaleur, chercher l’autonomie électrique, assurer un traitement des eaux aussi écologique que possible. Les solutions, à la fois antiques et modernes, allient architecture écologique, panneaux solaires, matériaux recyclables, mais aussi des techniques traditionnelles, comme le font par exemple les mas de Provence.

La maison Clé de Sol en Suisse est un exemple réussi de ce que des «makers » motivés, Oliver et Françoise Guisan, ont pu accomplir.

La Maison Clé de sol

Rotonde de terre cuite et de panneaux photosensibles, la maison clé de sol expose ses rondeurs sur les bords du lac Léman. La demeure, assez belle, cache un cœur simple. Olivier Guisan, un ancien physicien atomique, a préféré le modeste et le pérenne. Son équipement le plus sophistiqué ? « Un thermostat à 50 euros. »

Sa forme même lui permet de suivre la course du soleil, nécessaire aux panneaux; capteurs thermiques en bas pour produire de l’eau chaude par convection, et photovoltaïques en haut pour le courant. Le peu de besoin de chauffage est assuré par une petite provision de bois.

L’eau vient du toit, elle est filtrée et décanté dans une citerne Les rejets sont traitées par une station d’épuration, puis aboutissent à une mare dans le jardin.

Des Toilettes sèches bien ventilées permettent enfin d’épargner l’eau (30% de gain) et produisent du compost.

Les bâtisseurs en Provence ont toujours su s’adapter à leur climat : étés brûlants et hivers venteux. Ces formes ramassées, aux murs épais, aux fenêtres rares laissent peu de prise au vent et soleil : façades puissantes et ombragées au sud, mur de forteresse au nord face au Mistral. Un système comme le puit, dit provençal, permet également de réguler: un échangeur de chaleur rafraîchie l’air ventilé, ou l’inverse. Le sol sert alors à mitiger la température par son inertie thermique.

Les Makers

Ces héritiers du Homebrew Computer Club, de la Silicon Valley, ne se satisfont plus d’horizons formatés par d’autres. Les frontières de nouvelles technologies peuvent-elles remplacer celles de l’ouest pour ouvrir l’espace à l’individu, le rendre libre?

Si le rêve d’autonomie est identique, les exigences différent : pas question de grelotter l’hiver ou de se laver dans le ruisseau. La connexion par le réseau crée aujourd’hui de vastes bibliothèques de données pratiques. Les cultures hors sol, aéroponie et hydroponie remplacent le potager, les batteries électriques la réserve à bois, domotique et automatisation promettent un fonctionnement sobre et efficace.

Les procèdes d’impression 3d ne vont elles pas finir par ramener l’industrie elle même au local ?

Comme l’explique Chris Anderson du magazine Wired, « La vrai révolution ce n’est pas la création de la technologie, mais sa démocratisation ».

L’art japonais au service de l’énergie solaire

Des chercheurs de l’Université de Michigan ont trouvé une nouvelle façon d ‘aider les cellules photovoltaïques à tracker le soleil en s’inspirant de l’art japonais, le Kirigami. Résultat : le mimétisme de structure de cet art du découpage pourrait augmenter de 36% l’efficience énergétique de nos panneaux solaires pour le résidentiel. Explication dans le MIT Technology Review.

La genèse du projet

L’idée de Max Shtein, professeur en « sciences des matériaux « et ingénieur à l’Université du Michigan qui a mené l’étude, était de résoudre un des principaux problèmes actuel de l’énergie solaire: le positionnement du panneau photovoltaïque. Il doit en effet suivre l’orientation du soleil qui varie constamment, tel le mécanisme d’une horlogerie, tout au loin de la journée et de l’année. L’objectif ? Utiliser comme levier d’innovation et de création de valeur, la compréhension des mécanismes physiques, autrement dit la démarche « Materials by Design », pour augmenter de façon substantielle la production d’énergie solaire dans le résidentiel.

Le principe et fonctionnement

Pour ce faire, l’art de la découpe du papier du kirigami, tout en flexibilité et aux formes souvent tridimensionnelles, leur a permis de mettre au point une structure de cellules solaires donnant un relief modulable. La matière utilisée devait être souple pour le pliage. Et la solution s’est dirigée vers le film de polymère à base d’imide, une matière capable d’imiter une coupe de l’ensemble de la structure en forme de treillis grâce à la découpe laser.

« L’application d’une coupe spécifique kirigami permet de créer des bandes dans une cellule solaire. En tirant les deux extrémités dans des directions opposées, les bandes s’inclinent et adoptent un angle spécifique. L’ensemble de la structure se transforme sans que les bandes individuelles jettent une ombre sur les bandes voisines, et que l’ondulation ne porte atteinte à la performance », explique Max Shtein.

Résultat de l’expérience : c’est un design qui augmenterait de 36% le rendement des cellules solaires par rapport aux panneaux solaires fixes. Une innovation qui pourrait ainsi éviter l’utilisation de suiveurs, plus lourds, plus encombrants et moins efficients.

Pour en savoir plus, c’est ici dans l’article du MIT Technology Review.

Jeremy Rifkin « D’ici 2030, je pense que tout sera connecté et que l’on pourra tout gérer depuis un réseau externe »

A l’occasion de la COP21 et le temps d’une interview accordée à Challenges, Jeremy Rifkin nous fait entrer dans le XXIe siècle. Au programme : un véritable retour vers le futur avec la 3e révolution industrielle et ses préceptes en matière de croissance durable.

L’Internet des objets à la genèse de l’Homo Energeticus

C’est sur la genèse de la 3e révolution industrielle que revient en premier cet essayiste et prospectiviste, celle à la confluence du développement des énergies renouvelables, de la communication et du transport.

Cette nouvelle ère fait suite à celle de la vapeur, du charbon, du télégraphe – d’une part, et d’autre part à celle des énergies fossiles, télécoms centralisées, téléphone. Pour lui, elle se résume aujourd’hui en un acronyme : l’IoT (ou Internet des objets). Derrière ce concept, il s’agit de comprendre :

 » … la numérisation des transports, de l’énergie et de la communication avec la multiplication de capteurs qui génèrent des données et communiquent entre eux. »

Et c’est à la croisée des énergies vertes, d’Internet et des nouveaux modes de transports – tels que les véhicules autonomes – que chacun connaîtra une forme d’empowerment – soit la capacité de rendre les individus autonomes dans la production de services, usages et domaines jusqu’à lors réservés à l’industrie, à l’image du stockage de l’énergie.

Vision utopiste ?

L’économiste ne s’arrête pas là : il parle de cette nouvelle économie du partage qui conduirait le système capitaliste actuel à changer. Pour illustrer son propos, il s’arrête sur le cas de l’Allemagne où il a conseillé la Première Ministre Angela Merkel afin de faire son entrée dans  la « Troisième Révolution Industrielle« . Résultat ?

« en l’espace de 10 ans, le pays produit lui-même sa propre énergie avec l’installation de milliers de mini-centres de production d’énergie solaire et éolienne sur les bâtiments et habitations. Nous en sommes à 27% d’énergies renouvelables, et l’objectif est de passer à 35% d’ici 2020, et même 100% en 2040!»

De même, celui de la région Nord-Pas-de-Calais avec son programme de rénovation thermique pour 12.500 logements sociaux. Et d’ici 2021, cet objectif passera à 100.000. Les habitants seront capables de produire leur propre énergie grâce aux innovations dans les renouvelables. C’est une ambition qui impliquera aussi la génération millennials via la création d’université zéro carbone. Au programme : rénovation des bâtiments et production autonome de l’énergie. Un modèle que Jeremy Rifkin verrait bien s’étendre en France.

Alors utopiste ? Pas tellement, à regarder le fil Twitter du Nord-Pas-de-Calais (@NPdCla3emeRI) qui allie révolution des télécoms, passage aux énergies vertes et transformation du parc immobilier – peut-être un peu plus dans sa vision du citoyen auto-entrepreneur de son énergie, de ses services et biens de consommation. Car ces nouveaux services posent également la question de la professionnalisation des particuliers qui via l’économie collaborative trouvent de nouveaux moyens de monétisation non-réglementés pouvant aussi participer au côté obscur de la sharing economy, à savoir la précarité d’un système.

Source : Challenges.